
En cet été 2021, ça faisait déjà 20 ans que j’étais installée au Canada avec mon chéri, et presque autant de temps que je me demandais ponctuellement : « Comment se fait-il qu’avec toutes mes escapades, y compris à l’Ouest, je n’ai toujours pas été au Lac Louise ? ». J’en rêvais déjà depuis la France, pourtant ! À croire qu’il fallait attendre de pouvoir découvrir le coin avec nos enfants 🙂. Et personne n’a été déçu du voyage : splendeur(s) tout du long !
Après un peu plus de 2 heures de route (très confortables ;), nous arrivons au Fairmont Chateau Lake Louise, l’un des 2 ou 3 hôtels où je voulais à tout prix descendre dans ma vie. Sitôt franchies les portes je sais que ce ne sera pas mon dernier séjour ici, et que le prochain n’attendra pas 20 ans ! Je lui attribue aussitôt le titre de « mon hôtel préféré au Canada », et les enfants sont assez d’accord. Même si tout n’est pas parfait (ça ne l’est nulle part), ce sera amplement mérité durant tout notre séjour. Après avoir pris possession de notre jolie chambre bien agencée, nous admirons la magnifique vue sur le Lac Louise. Désigné joyau du Canada, le voici depuis nos fenêtres :

Ce bleu si particulier des lacs des Rocheuses est dû aux fines particules de sédiment glaciaire. Cette « farine de roche » ou « farine glaciaire » est charriée lors de la fonte des neiges. Elle absorbe toutes les couleurs du spectre lumineux, sauf le bleu et le vert. L’effet est l’une des plus belles choses qu’il m’ait été donné d’observer dans la nature… J’ai beaucoup regardé ce lac sur des tas de photographies. Mais rien ne vaut de se trouver juste devant cette étendue turquoise ou émeraude, c’est selon, avec les montagnes en arrière-plan. LE décor de carte postale Canadienne par excellence !

Ensuite, nous nous empressons d’aller au salon de thé pour notre tradition british favorite. Les enfants et moi, surtout, ne ferons jamais l’impasse sur le Afternoon Tea !


Pour cette première demi-journée sur place nous choisissons d’y aller mollo après le thé. Nous roulerons juste une vingtaine de minutes, pour aller contempler le Lac Moraine. Sachant qu’en haute saison les stationnements dans toute la région sont pleins la majeure partie de la journée, nous commençons par explorer ce bel hôtel mythique.
Sa construction commence fin 19è siècle avec comme objectif d’avoir un équivalent occidental au Fairmont Château Frontenac de Québec , pour les riches villégiateurs ! Entre les cafés et restaurants, la piscine, les boutiques, et tout simplement les superbes et élégantes aires communes, il y a de quoi faire : nous ne nous ennuyons pas. En début de soirée nous prenons la direction du Lac Moraine, autre lac glaciaire très visité du parc national. Il fait plutôt frisquet et la pluie se met même de la partie pendant quelques minutes, mais le site est lui aussi si beau que bien que nous grelottions un peu ça ne gâche rien.


Le site du Parc national Banff nous a aidé à planifier quelque peu nos promenades avant notre départ. Après un bon dîner et une bonne nuit à l’hôtel, nous prévoyons de profiter des abords du Lac Louise. Puis nous reprendrons la route sur la fameuse Promenade des Glaciers.
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Il nous faudra à peu près 2 heures pour effectuer le trajet entre l’hôtel et notre objectif de l’après-midi : le glacier Athabasca. Difficilement, nous finissons par quitter le lac et ses alentours. Récupération de boissons et collations pour la route, puis nous partons sur la 93 Nord.
La Promenade des Glaciers relie Lake Louise (parc national Banff) à Jasper (dans le parc national Jasper). On la décrit, à juste titre, « l’une des routes les plus panoramiques de la planète » ! Plus de 200 kilomètres vous en mettent plein la vue : pics coiffés de glace, lacs turquoise, chutes, et le spectaculaire glacier Athabasca. Bon à savoir pour les accros au cellulaire, il n’y a aucun signal sur l’AB-93 N. Regarder cette succession ininterrompue de magnifiques paysages est bien suffisant. Notre seul regret : aucun animal visible, ni à l’aller, ni au retour… Il paraît pourtant qu’il y a souvent ours, loups ou caribous sur le bord de la route. Seule notre fille aperçoit brièvement, de loin, un mouflon sur un sentier descendant de la montagne.
La visibilité n’est pas optimale, des feux de forêt, bien qu’éloignés, provoquent une légère couverture nuageuse. Il y a aussi de petites pluies ponctuelles. Comme ça ne gâche rien à notre émerveillement, je me demande ce que ça donne lorsque toutes les conditions sont favorables ! Enfin, nous arrivons aux abords du champ de glace Columbia. D’une superficie de 200 km2, il alimente plusieurs glaciers importants, dont l’Athabasca. C’est la masse glaciaire la plus vaste des Rocheuses canadiennes.



Nous allons bientôt vivre une expérience mémorable : marcher sur un glacier. Le glacier Athabasca est le plus visité du continent nord-américain, mais il faut en « profiter » pendant qu’il est temps : en effet, à cause du réchauffement climatique, il a déjà perdu plus de la moitié de son volume ! L’apprendre rend l’enthousiasme plus mitigé, c’est certain… Par contre, temps plus doux ou pas, pensez à prendre un gilet !
À partir du champ de glace Columbia, le glacier coule lentement dans la vallée comme une rivière gelée. Dès le début de la randonnée, les enfants demandent à quoi correspondent les panneaux avec chiffres que nous croisons régulièrement. Ce sont des années, indiquant aux marcheurs la position où se trouvait la base du glacier à ce moment. Cela permet de constater que le glacier Athabasca a reculé de plus d’1,5 kilomètres en 125 ans.



Là où il a fondu, on se retrouve à marcher sur un paysage lunaire, avec ses débris de roche entraînés par la fonte du glacier, les moraines.



« Nous sommes la dernière génération qui va pouvoir admirer cette merveille, j’ai bien peur que la prochaine ne puisse pas avoir cette chance… ». C’est ce que confiait dans un article un des guides qui emmènent les randonneurs sur le glacier. Avec ou sans guide, il faut faire attention : il y a des crevasses et des torrents, ou même des puits taillés par la fonte des glaces. On peut aussi se rendre sur le glacier dans des autobus. Ils ont d’énormes pneus conçus spécialement pour rouler sur la glace, et ils ne dépassent pas le tiers inférieur du glacier.




Ça y est, nous allons très bientôt monter sur le glacier lui-même, avec encore plus de précautions. Du coup, nous arrêtons les photos !
Dans le même article, un titulaire d’une chaire de recherche déclarait : « Dans 50 ans, il va falloir grimper haut pour voir ce qui reste du glacier. Globalement, c’est de 60 % à 80 % du volume des glaciers des Rocheuses qui va avoir disparu d’ici la fin du siècle ». C’est triste…
En redescendant, aucun de nous ne réalise encore vraiment qu’il a marché sur un glacier millénaire. À faire une fois dans sa vie, et pendant qu’il est encore temps ! Toute la famille est émerveillée mais, si le ressenti est incomparable, les perspectives d’avenir des glaciers et leur impact écologique provoquent des sentiments ambivalents.
Retour à l’hôtel, occasion d’admirer à nouveau les paysages de la Promenade des Glaciers. Ensuite, nous nous remettons de toutes ces émotions, parfois contradictoires, devant une succulente fondue. Nous faisons durer le dîner car c’est notre dernière nuit au Lac Louise : demain, nous reprenons la route vers le parc national Yoho.
Voyages : Road trip en famille dans l’Ouest Canadien
